Chers frères et sœurs,
Avez-vous déjà lu les Actes des Apôtres en entier ? ça raconte notre histoire personnelle à chacun avec l’Église. Il y a les premiers chapitres où on voit l’idéal de l’Église naissante avec les communautés qui ne forment qu’un seul cœur et une seule âme, et où tout le monde partage ses biens avec tout le monde… Il n’y a plus ni maître ni esclave, tout le monde s’aime… Et ils vécurent heureux et eurent plein d’enfants. Happy End !
Euh… non ! en fait, très vite, on voit les limites du système où les conflits d’intérêts arrivent, les conflits interpersonnels de caractère, de vision, etc. Bref, le rêve de départ est rapidement terni par des tensions très humaines. Et pourtant… après moult rebondissements, on en arrive à aujourd’hui où le christianisme concerne une personne sur trois de la planète, et où la majorité sont catholiques, alors que les schismes et les histoires de conflits d’intérêts n’ont pas cessé… ça laisse rêveur, non ? À l’heure où l’Église en occident a mauvaise presse, et continue son déclin depuis l’ère industrielle, d’où lui viennent cette force et cette vitalité ?
Pour aider à saisir le Mystère qu’elle contient, je vous propose de scruter trois éléments tirés des Écritures d’aujourd’hui, et qui sont toujours d’actualité.
- L’Église est catholique
Dans la 1ère lecture, saint Pierre accueille Corneille, l’officier païen. C’est le premier non-juif de l’histoire à incorporer l’Église. C’est donc à ce moment-là qu’elle devient catholique. Catholique, c’est un mot grec qui signifie « universel ». C’est donc la porte qui s’ouvre à toutes les nations. Et on verra après, toujours dans les Actes des Apôtres, la première réunion des épiscopes et des presbytes à Jérusalem, autrement dit des évêques et des prêtres, c’est le premier concile de l’histoire de l’Église. Il y sera question de l’admission des païens : faut-il qu’ils observent la loi juive ou pas ? Circoncision et régime alimentaire, ou pas ?
Bref, par l’admission de Corneille, les disciples font l’expérience de l’Esprit Saint qui les précède en-dehors de leur communauté. C’est un constat qu’on peut tous faire… L’Esprit Saint œuvre aussi en-dehors de l’Église, nous, on a juste à rencontrer des gens pour poursuivre son travail, et à être accueillant dans nos communautés. C’est quand-même tout un chantier !
- L’Église est une fraternité
C’est la suite. Plus précisément, c’est une intuition très forte pour commencer à se recevoir les uns les autres, et pour se préparer à recevoir tous ceux que l’Esprit Saint nous envoie ! Saint Jean, dans ses épîtres, nous exhorte à nous aimer entre nous, au point de constituer une véritable fraternité, une famille ! « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. » Lorsqu’on met un peu ses frustrations et les défauts des autres de côté, on est en mesure de pouvoir aimer plus, de pouvoir aimer vraiment. Et l’amour véritable, c’est un reflet de l’amour de Dieu qui nous habite. Donc notre vie fraternelle est cruciale pour manifester l’amour que Dieu a pour tout homme. La fraternité dans l’Église, c’est plus qu’une belle idée, ça doit être notre idéal et notre souci quotidien !
- L’Église est sainte
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Tout est dit dans ce verset ! La petite Église qui démarre avec les Apôtres et les disciples est fondée par Jésus lui-même. C’est ce qui fait que l’Église est sainte. Elle est l’initiative de Dieu.
Non seulement elle est de son initiative, mais en plus elle est toujours conduite par lui. Et quand les personnes qui la composent se mettent à dévier, Dieu envoie des grands saints, des prophètes pour y remettre un peu d’ordre. L’Église est sainte, tout en étant composée ici-bas de pécheurs. Donc plutôt que de la défendre bec et ongle contre les assauts qui lui sont faits, ou que de s’en séparer parce qu’elle ne nous correspond pas sous la forme qu’on a sous les yeux, on peut opérer un petit détachement, un acte de foi, et faire confiance au Seigneur qui veille sur elle. Quelle que soit notre parcours spirituel, on est tous invité et réinvité à aimer l’Église de Dieu, parce que c’est lui qui l’engendre. C’est pour ça qu’elle est sainte !
Conclusion
L’Église est un grand mystère, on n’aura jamais fini d’en parler… Ce qu’on peut retenir, c’est qu’elle est belle parce qu’elle est l’œuvre de Dieu lui-même. Elle est belle, parce que c’est lui qui a appelé tous ceux qui la constituent. Elle est constituée de ceux qui sont déjà parvenus au Royaume de Dieu, et de nous tous, avec nos limites et nos fragilités. On a donc des efforts à faire pour l’aimer telle qu’elle est voulue par Dieu. Mais on a aussi des efforts à faire pour ne pas la rêver comme une perfection ici-bas. On a tous tendance à se la représenter autrement, et à aimer l’image qu’on s’en fait plutôt que la réalité qu’on aimerait différente.
En fait, l’Église, c’est le reflet de nos cœurs : il y a la patine dorée qui manifeste la présence de Dieu, et il y a ce qui est terni par nos péchés collectifs et individuels. Aimer l’Église, c’est d’abord chercher à devenir meilleur.
Amen.