34ème dimanche du temps ordinaire année C 2022

Chers frères et sœurs,

Les rois, les reines, les princes et les princesses, c’est intéressant dans les histoires pour les enfants, dans les récits bibliques, et pour les anglais… et pour les luxembourgeois… et pour les belges… et pour les espagnoles… et pour les autrichiens… et pour le Vatican… enfin bref, ça a toujours du mal à passer pour nous, fils et filles de la Révolution française de 1789 !

Au-delà des clivages politiques sur l’opportunité d’un régime plutôt qu’un autre, qu’est-ce qu’on entend par le mot royauté quand on parle de religion ? On parle bien de la royauté que Jésus annonce en lavant les pieds de ses disciples, de la royauté qu’il annonce pendant sa Passion avec la couronne d’épines, jusque sur la croix où il proclame son règne sur l’univers… le règne de l’amour… Quand on a dit ça, on a tout dit, et on n’a rien dit. Alors, au final, qu’est-ce que la royauté du Christ ?

  • Le Christ est oint

Dans la Torah, l’onction se pratique en versant de l’huile parfumée sur la tête d’une personne ou sur un objet, pour de le sanctifier ou le consacrer à Dieu. Cette onction était particulièrement destinée aux prêtres, aux rois, et aux objets liturgiques.

Si on regarde l’origine du mot onction, c’est du latin. En grec, c’est une racine différente : khrisma, ce qui a donné le mot grâce, puis gratitude, mais aussi charismatique, etc. Le mot Christ vient de cette racine. Le Christ est donc celui qui est oint. C’est celui qui est vivement attendu par le peuple hébreu pour recevoir la grâce de Dieu par l’huile sainte, l’onction royale, pour régner sur le peuple. C’est ce qui est arrivé à David : « Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël. » St Joseph étant de la descendance de David, Jésus est donc de lignée royale. Mais lui, son onction, il l’a reçue de l’ES pendant son baptême au Jourdain. C’est cette même onction qu’on reçoit dans les sacrements, et qui est manifestée par le Saint Chrême (baptême, Confirmation, Ordre). Comme on est oint, on devient d’autres Christ, il nous fait participer à son sacerdoce et à sa royauté !

  • Le Christ est la tête

On l’a entendu chez St Paul : « Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église. » Encore un peu d’étymologie… Tête vient du latin testa qui veut dire : pot en terre cuite, brique, tuile ; et par extension tout objet en terre cuite d’où les autres mots comme cruche, amphore, pot, coupe puis crâne (Wikitionnaire). Somme toute, quelque chose qui a une contenance. Pour aller plus loin, quand on emploie le mot tête, on pense à quelqu’un qui a de l’Esprit, de l’imagination, de la mémoire, de l’intelligence, du jugement. Et ça tombe bien, parce que cette notion de quelque chose de rempli, d’habité, Saint Paul en parle pour le Christ : « Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude. » Jésus-Christ est la tête que Dieu a voulu pour l’Église, cette tête comme intelligence, comme principe moteur au sein de l’Église.

Mais ce n’est pas tout ! Tête provient aussi d’un mot latin : caput, qui signifie chef. On peut l’entendre dans le sens où le Christ est le chef, celui qui est devant le troupeau, pour lui donner une direction. Le Christ chef est une figure de royauté pastorale, le Bon Berger, à la suite du roi David qui prend soin de son troupeau, le mène sur de verts pâturages, etc. (Ps 22). La royauté du Christ est éminemment pastorale.

Donc quand on dit que le Christ est la tête, on peut entendre qu’il est devant pour diriger le troupeau, et qu’il est aussi au milieu de lui pour en prendre soin, pour l’unifier.

  • Le Christ est juge

Une des fonctions d’un roi, c’est le pouvoir judiciaire. C’est-à-dire que le roi est aussi un juge pour arbitrer les affaires des citoyens. On a un exemple biblique bien connu avec Salomon ; on a aussi un exemple de sainteté avec Saint Louis qui avait décrit, dans une lettre à son fils, une manière très belle d’exercer cette justice, en s’inspirant de l’Évangile. Et justement, l’Évangile d’aujourd’hui nous montre le jugement du bon larron, par le Christ, sur le tribunal de la croix : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Le Christ est le juste juge qui a le pouvoir de sauver. Son jugement se base sur notre espérance et notre repentir. Parce que si vous avez bien remarqué, il ne condamne pas l’autre malfaiteur. C’est lui qui se condamne tout seul : « Qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Dieu accueille bien volontiers celui qui se tourne vers lui, le cœur contrit. Par contre, si on n’a pas besoin de lui, son amour donne une telle liberté, qu’on peut même le rejeter. Parce que l’amour vrai rend libre. Ce petit dialogue sur la croix nous en apprend beaucoup sur la justice de Dieu !

Conclusion

Fêter la royauté du Christ, c’est fêter celui qui est à la tête du troupeau que nous formons, c’est fêter celui qui nous jugera avec une justice miséricordieuse si on accepte de passer par son tribunal, c’est fêter celui qui a ouvert la grâce du salut et qui nous la transmet. Tout simplement. Cette fête du Christ Roi de l’Univers termine l’année pour remettre Jésus-Christ au centre de nos vies. Si vous avez remarqué, l’année liturgique forme un tout cohérent dans lequel on attend le Messie, on le voit naître, on le voit se révéler publiquement, on vit avec lui sa Passion, mort et Résurrection, on apprend à devenir disciple à son école, et enfin, on termine l’année pour se préparer à la fin des temps.

Cette année liturgique, c’est le modèle de tout notre vie. À la fin, on se retrouvera devant le Christ… Un peu comme aujourd’hui pendant cette messe. Avant de repartir pour un tour à partir de dimanche prochain, on est invité cette semaine à trouver ce qui permettra au Christ de régner un peu plus dans nos vies, à le remettre au centre, à lui donner la première place. À chacun de le trouver des petites choses concrètes pour y arriver.

Amen.

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