33ème dimanche du temps ordinaire année C 2022

Je vous propose une petite équation… Si, d’une part, on admet que Dieu est tout amour, et que par conséquent il peut sauver tout le monde, même le dernier des mécréants ; et si d’autre part, notre côté impliqué pour la justice trouve inadmissible qu’on ait tous le tiquet d’entrée pour le Royaume de Dieu au même tarif, alors qu’on n’a pas le même passif ; comment fait-on pour tenir que Dieu est miséricordieux et juste en même temps ?

Cette question du jugement dernier est très importante, on la voit représentée de bien des manières dans l’art depuis les débuts du christianisme, mais on a du mal à mettre des mots dessus pour comprendre cette réalité complexe. Même le récent film « Entre ciel et terre » ne semble pas très convaincant. Je vous propose donc d’éclaircir cette notion un peu vague du purgatoire, et de mettre en valeur des moyens pour se préparer au Ciel.

  • Comprendre le purgatoire

Est-ce que le purgatoire est contenu dans la doctrine de l’Église ? Oui, et même depuis les pères de l’Église. Alors, que nous dit cet enseignement qui s’est affiné au cours des siècles ? Définition du CEC 1030 : « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. »

On peut compléter avec 2 versets de la 1ère lecture : « Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. » et : « Le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. » Ces deux versets nous apprennent l’essentiel, à savoir que le purgatoire est une réalité douloureuse, parce qu’il permet de terminer le chemin de justice et de conversion dont on peut avoir besoin. Et qu’il est aussi un lieu de grâce, parce qu’il conduit assurément au Salut. Plutôt que de le voir comme une punition, il faut le comprendre comme une chance supplémentaire de terminer ce qu’on aura commencé ici-bas. La miséricorde de Dieu est telle, qu’il nous accorde une prolongation du temps de préparation ! C’est une sorte de vestiaire pour se laver et se changer avant d’entrer dans la salle des noces, si toutefois on n’était pas prêt avant.

  • Cibler l’essentiel

La 1ère partie du chemin, elle se fait dans cette vie qui nous est donnée ici et maintenant. C’est l’enseignement de Jésus à ses disciples au Temple. Ils contemplent les ex-voto et la noblesse du bâtiment. Mais Jésus les met en garde pour ne pas se laisser berner par « l’effet communication » ; que ce ça vienne du Temple ou des faux prophètes. Parce que le Temple véritable, c’est Jésus-Christ, et depuis notre baptême, nous sommes des Temples du Saint-Esprit ! Si on a le regard focalisé sur les réalités matérielles, on devient avide de la finitude, et on perd le désir du ciel. C’est ce que St Paul dit à longueur de lettres, de veiller à la qualité de sa vie spirituelle pour vivifier le désir de la vie éternelle. Ce qui n’empêche pas de célébrer le Seigneur dans des lieux qui soient beaux et nobles, parce qu’ils nous montrent la beauté et la noblesse de Dieu.

Cette manière de veiller à sa spiritualité, et d’éviter de suivre de faux prophètes qui nous prédisent le chaos ou un monde merveilleux, c’est un long travail. C’est le travail d’éclairer sa conscience petit-à-petit. La conscience est le lieu le plus intime où on peut dialoguer avec Dieu. C’est fastidieux de la garder éclairée pour ne pas se laisser avoir par le prêt-à-penser. D’où la remarque de Jésus : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

  • Travailler pour le Royaume de Dieu

La grande tentation lors de la 1ère annonce de l’Évangile dans le bassin méditerranéen, c’est de ne plus rien faire en attendant le Messie qu’on pense revoir très vite. La croyance dans le retour imminent du Christ a marqué plusieurs époques, notamment des temps troublés, comme la chute de l’Empire Romain ou le passage à de nouveaux millénaires. C’est une époque qu’on traverse actuellement en sentant qu’on arrive à la fin de quelque chose, sans trop savoir vers quoi on se dirige… C’est pour ça que St Paul exhorte à garder la tête froide, et à continuer normalement sa vie : « Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. » « Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. »

Autrement dit, les annonces des faux prophètes sur la fin des temps ne doivent pas détourner les chrétiens de leurs tâches quotidiennes. Parce que c’est par ces petites tâches qu’on prépare la venue du Seigneur. Et si Jésus revient tout à l’heure dans sa Gloire, tant mieux ! De même qu’il y a une temporalité qui nous échappe au purgatoire, de même, elle nous échappe tout autant en ce monde avec le Royaume de Dieu qui est partiellement présent, et qui advient petit à petit.

Conclusion

Pour résumer cette notion de purgatoire, on peut dire qu’on sera jugés sur l’amour, et que la miséricorde de Dieu va jusqu’à nous laisser le temps nécessaire pour la conversion. Il n’y a pas de justice sans miséricorde, pas plus qu’il n’y a de miséricorde sans justice.

Par contre, ce purgatoire n’est pas une 2ème vie dans un entre-deux. On n’y a plus vraiment les moyens de faire le bien ou le mal. C’est une réalité dans laquelle on se laisse porter par la solidarité de toute l’Église, à la fois du Ciel, et de la terre. Notre prière pour les défunts est donc essentielle. A chaque messe, on prie pour tous les défunts pendant la prière eucharistique, et en particulier pour ceux qu’on connaît. C’est aussi l’intérêt de faire célébrer des messes pour eux. C’est notre engagement pour l’édification du Royaume de Dieu, et c’est même un devoir, à la portée de tout le monde.

Amen.