32ème dimanche du temps ordinaire année C 2022

Chers frères et sœurs,

Quand j’étais dans les 1ères années de séminaire, je parlais de la résurrection, à la fin de la messe, avec une personne qui venait tous les dimanches. Elle m’avait dit « Déjà qu’on croit qu’il puisse y avoir quelque chose après la mort… mais de là à parler de Résurrection, faut peut-être pas pousser ! » J’étais sidéré ! On parle de Résurrection pendant tout le temps pascal, et chaque dimanche en proclamant le credo… Mais comment se fait-il qu’une personne pratiquante depuis des décennies puisse ne pas croire en la Résurrection ??

En fait, c’est un sujet passionnant ! Au Moyen-Âge, ça a suscité des réflexions très concrètes : à quel âge va-t-on ressusciter ? 33 ans comme l’âge du Christ ? à l’âge auquel on meurt ? Pourra-t-on encore manger et boire ? Aura-t-on encore besoin d’aller aux latrines ? Et mille autres questions passionnantes… Je vous propose trois points pour éclaircir ce sujet qui fait le cœur de notre foi.

  • La vie éternelle

Croire en la vie éternelle, c’est vieux comme le monde ! On dit que le fait d’enterrer ses morts, c’est le début de la conscience de l’homme. On le voit avec tous les dolmens. Et puis, l’intuition s’est affinée au fil du temps, et on a commencé à croire qu’il y aurait tout de même une forme de vie plus ou moins corporelle, avec les réserves de nourriture qu’on mettait dans les tombeaux comme les pyramides.

Enfin, ceux qui ont bien théorisé le concept de vie éternelle, ce sont les philosophes grecs. L’essentiel de leur pensée, c’est de comprendre qu’on a un corps mortel, comme les animaux, et qu’on a une âme immortelle, comme les anges. Dans cette perspective, le corps est donc un poids pour l’esprit. L’esprit a besoin de s’alléger pour retrouver la vie divine et s’élever dans des sphères plus contemplatives et absolues de l’existence. C’est dans ce contexte que St Paul va essayer de donner le change en leur expliquant la foi chrétienne : l’âme et le corps forment un tout, unifié par Dieu ; et par conséquent l’âme est en souffrance quand elle est séparée du corps. Donc, croire en la vie éternelle, c’est un bon début, c’est presque rationnel. Par contre, il nous manque quelque chose. C’est là que la Révélation entre en jeu. On passe du domaine du savoir au domaine de la foi.

  • La résurrection de la chair

Le 3ème frère dans la 1ère lecture, pendant qu’il se fait torturer, dit avec un aplomb incroyable « C’est du Ciel que je tiens ces membres, […] et c’est par lui que j’espère les retrouver. » On est en 68 av. JC. Il faut savoir que la foi en la Résurrection des morts a mis du temps à arriver dans la tradition juive. On le voit aussi dans l’Évangile d’aujourd’hui, il y a les sadducéens qui n’y croient pas. Donc ce n’est pas quelque chose d’évident.

C’est Jésus, par sa Résurrection qui concrétise cette foi hésitante. Quand il ressuscite, c’est avec son vrai corps. Il propose même à Saint Thomas de mettre la main dans ses plaies. Et puis plus tard, il mange du poisson avec ses disciples. Ça veut dire qu’on va bel et bien ressusciter avec nos membres à la résurrection des morts. On aura nos vrais corps qui seront totalement fonctionnels, mais qui auront sans doute les marques de ce qu’on aura vécu ici-bas. Plusieurs traditions théologiques disent que nos blessures seront comme celles du Christ, c’est à dire transfigurées ; on pourrait dire lumineuses. On pourra aussi manger et boire, mais que ce ne sera pas une nécessité. La chair, c’est donc pour nous l’âme, le corps et le vécu.

  • L’importance de l’amour

Les sadducéens essayent de coincer Jésus avec un argument intéressant. S’il y a une Résurrection des morts, ça signifie qu’on va se reconnaître une fois ressuscités. Et on va se souvenir de tout ce qu’on a vécu ensemble ! Donc certains liens demeurent, comme le mariage… Alors, comment on fait quand une personne a contracté plusieurs mariages ?

Réponse de Jésus : « Dieu est le Dieu des vivants, et tous vivent pour lui… » Autrement dit, quand on se marie, on met Dieu au centre de la relation exclusive entre les deux personnes. Et c’est ce qui subsiste de plus fort après la Résurrection. Le reste des liens du couple, tout ce qui se vit de beau ne tombe pas pour autant dans l’oubli, mais on peut dire que c’est transfiguré dans l’amour de Dieu. Tous les liens qu’on tisse ici seront conservés, transformés, et transcendés à la Résurrection. C’est pour ça que Jésus nous demande de pardonner et d’aimer nos ennemis. Il nous demande de créer largement du lien entre les personnes ; un lien qui demeure. Si nous on a un cœur qui aime un mécréant, combien plus Dieu doit-il l’aimer ! Et si des personnes qui ne croient pas en Dieu ou ne l’aiment pas arrivent à nous aimer, combien plus aimeront-elles Dieu à la Résurrection !

Conclusion

Cette Résurrection est encore pleine de mystères, et on peut dire beaucoup de choses cohérentes sur le sujet. Malgré le fait qu’elle soit un point essentiel de la foi, on ne saura jamais concrètement ce qui nous attend. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la chair ressuscitée, c’est notre être tout entier, corps, âme et esprit, qui est transfiguré ; y compris nos relations. D’où l’importance du pardon. Le 4ème frère Macchabé dit « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. » Ce n’est pas qu’il ne souhaite pas revoir son tortionnaire au Ciel, c’est simplement qu’il l’avertit que s’il a de la haine dans le cœur, il se détourne tout seul de ce dessein bienveillant de Dieu.

 « Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ. » St Paul, 2ème lecture. L’importance, pour nous, c’est de faire connaître l’amour de Dieu et la puissance de pardon du Christ, pour choisir dès maintenant la résurrection pour la vie. C’est le cœur de notre foi, c’est notre plus grand trésor. Est-on prêt à le partager ?

Amen.