Toussaint 2022

Chers frères et sœurs,

Quand on parle de la sainteté, qu’est-ce que ça vous évoque ?

On peut voir la sainteté comme une montagne à escalader, comme un appel particulier fait à quelques fous ascétiques dont les statues ornent nos églises, on peut la voir dans l’expression de la vertu chez untel, ou bien dans la fidélité à un service concret chez un autre. En fait, tout ça, ce sont seulement des conséquences. Parce qu’avant d’être des choses qui se voient, qui se font, la sainteté, c’est un état. C’est comme l’amitié. Quand on voit des personnes qui passent du temps ensemble, qui sont heureuses de se retrouver, qui se comprennent sans se parler, on peut se dire qu’il y a une belle amitié dans l’air ! La sainteté, c’est pareil, mais avec Dieu lui-même.

Et ce qu’il y a de plus flagrants chez les saints, c’est que cette amitié avec Dieu les rend heureux (même s’ils font la tête sur nos statues). D’où la petite ritournelle des Béatitudes : « heureux, heureux, heureux, … ». La sainteté est une source de joie profonde, un puits de bonheur. Vu sous cet angle, qui a envie d’être saint ? Il n’y a pas de honte à vouloir être heureux ! Dans l’Évangile des Béatitudes, Jésus promet d’être heureux à tous ceux qui pleurent, qui ont faim et soif de justice, qui sont persécutés, etc. C’est-à-dire que les malheurs sur la route, dans notre vie d’ici-bas, ne sont pas des obstacles. Au contraire, Dieu passe par ce qui est faible et fragile pour répandre sa grâce et se faire proche.

À travers les Béatitudes, on peut aussi comprendre qu’il y a un élément très important pour pouvoir trouver le bonheur. Cet élément, c’est de savoir goûter et vivre l’instant présent. C’est le seul moment où tout est possible ; le seul moment où on peut vivre intensément la relation à Dieu et aux autres. L’avenir est important pour pouvoir se projeter, et le passé pour acquérir une sagesse qui permette de construire un avenir serein. Mais si on les exploite trop, on plonge dans l’inquiétude, les remords, la nostalgie, dans l’idéalisme et le ressentiment… La sur-projection dans le passé ou le futur, c’est une maladie de l’âme qui fuit la spiritualité, qui fuit Dieu. Ce n’est pas compatible avec la sainteté chrétienne.

Pour terminer cette petite méditation, j’aimerais vous livrer cette réflexion que j’ai eue hier en méditant sur le podcast d’un rabbin. Il faisait remarquer que toutes les grandes figures qui ont marqué positivement l’histoire, et dont on se souvient encore, ce sont des personnes qui prenaient soin de leur vie spirituelle. Même les génies qui ont fait de grandes découvertes, avaient une spiritualité développée.

Alors, pour nous, chrétiens, le but n’est pas d’entrer dans l’histoire, mais d’entrer dans le cœur de Dieu ! C’est notre vocation à la sainteté. Établir un cœur-à-cœur avec Dieu, et tout le reste en découlera. La question qu’on peut donc se poser en ce jour de fête n’est pas tant de savoir si on veut être saint, que de savoir quels moyens mettre en place pour le devenir.

Amen !

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