29ème dimanche du temps ordinaire année C 2022

Chers frères et sœurs,

Savez-vous d’où vient l’expression : « baisser les bras » ? Il semblerait qu’elle ait plusieurs explications plus ou moins récentes. Il y a cette fameuse explication avec la boxe. Quand on baisse les bras, on devient plus vulnérable, c’est le début de la fatigue, de la perte d’attention, et par conséquent de la défaite. Il y a aussi une explication plus ancienne qui date de Charlemagne : l’ordalie. C’était une forme de duel judiciaire qui évitait un duel à mort. On attachait les deux adversaires à des poteaux en leur demandant de lever les bras. Le premier qui les baissait avait perdu le procès. Un genre de bras de fer. Et puis il y a l’explication très ancienne avec Moïse et Amalec, qu’on a entendue dans la 1ère lecture.

En tout cas, quelle qu’en soit l’origine, c’est une expression bien concrète qui signifie qu’on perd courage et qu’on arrête de lutter. Une sorte de fracture du moral, en somme. Face à ce mal moral et spirituel, j’aimerais faire l’éloge de la persévérance. La persévérance, c’est une question de volonté, mais pas seulement. C’est aussi une question de grâce. Elle est un effort qu’on a à fournir, elle se travaille ; mais elle est aussi un cadeau de Dieu qu’on reçoit quand on lui demande. Après quelques recherches, j’ai vu que le CEC 162 nous donne 3 bons conseils pour persévérer dans la foi. Je vous les développe.

  • Se nourrir de la Parole de Dieu

Quelque part, ça semble évident de fréquenter la Parole de Dieu. On insiste tellement dessus depuis les années 1970, que c’est quand-même bien ancré dans nos habitudes chrétiennes, et c’est une très bonne chose ! Par contre, si notre effort n’est pas de la fréquenter régulièrement, il est probablement de garder un œil éveillé dessus. Pour faire bref, on doit veiller à la qualité, plutôt qu’à la fréquence qui est déjà acquise. Alors, comment travaille-t-on la qualité ?

St Paul : « Tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut. » La chose la plus importante pour veiller à la qualité, c’est de considérer avant tout que la Sagesse n’est jamais acquise, c’est un habitus. Un habitus, c’est une bonne habitude pour laquelle on ne fait plus d’effort à force de la mettre en pratique. Un ami de promo du séminaire me parlait des chartreux. Dans leur liturgie, ils ont le même texte d’Évangile quasiment toute l’année : la Visitation. Un frère âgé lui a confié qu’après quelques décennies de vie consacrée, il venait encore de s’émerveiller d’un détail qu’il n’avait jamais perçu dans cet Évangile qu’il entend aussi souvent. La Parole de Dieu est une nourriture inépuisable. À condition de la recevoir avec qualité, dans la foi.

  • Implorer le Seigneur (Prier)

Samedi, nous fêtions Ste Thérèse de Jésus (d’Avila), qui compte parmi les plus grands maîtres spirituels de l’histoire. Elle nous apprend que justement, tout l’intérêt de la vie chrétienne est de trouver la communion avec Dieu. Et pour trouver cette communion, on doit passer par l’unique médiateur entre Dieu et les Hommes : Jésus. L’intérêt est donc de vivre l’union au Christ aussi souvent que possible. Et l’union au Christ, on l’expérimente dans l’oraison (prière silencieuse). C’est par l’oraison qu’on peut équilibrer tout le quotidien, et vivre sereinement dans la confiance en Dieu (c’est ce qu’on appelle la vie dans l’Esprit-Saint). Avec ce petit temps de prière quotidien, on développe une profonde intimité avec Dieu. Quand on persévère pour le maintenir, tout le reste prend de la saveur et de l’intensité.

Le bel exemple qu’on a aujourd’hui, c’est Moïse. Il traverse le désert, il est donc en situation de manque de tout, de vulnérabilité, hors de chez lui ; et pourtant, en étant attaqué, il devient quand-même vainqueur. C’est grâce à sa grande confiance en Dieu, mais aussi grâce à sa persévérance, et à celle d’Aaron et Hour qui soutiennent ses bras. C’est une belle image de l’intercession qu’on peut avoir les uns pour les autres. Notre prière personnelle est soutenue par l’effort collectif de notre RV le dimanche à l’église. Elle est fructueuse et nous donne la victoire, même dans les situations les plus délicates !

  • Agir par charité

C’est un des enseignements secondaires qu’on peut tirer de la parabole du juge injuste. On est capable de faire ce qui est bien sans le vouloir, juste par devoir. Ce qui nous manque parfois, c’est d’y mettre du cœur, de faire les choses « non par contrainte, ni par une misérable cupidité, mais de bon cœur » (1Co 9,17), par charité. La charité, c’est justement l’aide de Dieu pour offrir l’amour qu’on n’arrive pas à donner dans ce qu’on fait. Dieu est tellement brûlant de charité, d’amour vrai, qu’on peut lui demander de l’aide quand ça nous coûte de le faire. Il n’attend que ça. C’est la raison pour laquelle St Paul exhorte le jeune Timothée à accomplir son ministère avec beaucoup de charité : « proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et le souci d’instruire. » Parce que la différence entre le travail fait par contrainte et le travail fait de bon cœur, c’est la pérennité de l’effort, et de son résultat. Autrement dit, la charité dans notre quotidien, c’est un investissement spirituel à très long terme. C’est une modeste contribution à l’avènement du Royaume de Dieu.

Conclusion

La persévérance est un effort à fournir et une grâce à demander. Dans la foi, elle est essentielle pour les derniers instants de notre vie. C’est la perspective du Royaume de Dieu. Même si elle nous coûte, elle doit nous rendre heureux, parce que tout ce qu’on fait pour persévérer dans des petits efforts dès ici-bas, nous prépare à la persévérance finale pour désirer le Ciel au point d’y parvenir.

A l’approche de la fête de tous les saints, on peut stimuler son cœur avec cette question cruciale : où en suis-je de mon désir de la vie éternelle, et que fais-je pour m’y préparer ?

Amen.

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